Le « nouveau chapitre de la thèse »

 

  

Valorisation des compétences

 

   

L’expérience pilote du « Nouveau Chapitre de la Thèse » est un exercice de mise en valeur des compétences qui ont étEnécessaires au bon déroulement de la thèse. Au-delEdes acquis scientifiques et techniques, la conduite de la thèse comme un projet de recherche constitue une expérience professionnelle qui met en jeu diverses compétences professionnelles, dont nous, les doctorants, n’avons pas forcément conscience et que nous ne pensons pas Evaloriser. Avec le « Nouveau Chapitre », nous faisons une analyse critique de la manière dont nous avons conduit et gérEla thèse en tant que projet, et nous en tirons des conclusions quant aux qualités personnelles et aux savoir-faire que nous avons développés.

 

  

Sujet de thèse :

 

« Variations temporelles de la gravitEen relation avec la dynamique interne de la Terre : apport des gravimètres supraconducteurs »

 

 

PrésentEpar : Séverine ROSAT

 

 Ecole doctorale des Sciences de la Terre et de l’Univers de l’UniversitELouis Pasteur, Strasbourg I.

Laboratoire de dynamique globale de la Terre, Ecole et Observatoire des Sciences de la Terre.

  

Mentor : JoE DENERVAUX

 

   

Cadre général et enjeux de la thèse

  

Notre planète Terre reste un mystère en ce qui concerne sa dynamique interne et sa structure profonde. Des théories existent et sont modélisées mais de nombreux paramètres sont mal contraints, en particulier en profondeur, oEla sismologie classique (étude de la propagation des raies sismiques) atteint ses limites.

Le sujet de ma thèse « Variations temporelles de la gravitEterrestre en liaison avec la dynamique et la structure interne de la Terre » est bien ancrEdans ce contexte de connaissance plus approfondie de l’intérieur de notre planète Terre.

 

Le champ de gravitEou de pesanteur (attraction gravitationnelle de Newton) de la Terre n’est pas constant. Il varie dans le temps sous l’action de sources externes et internes Ela Terre. Le premier effet observable est la marée, principalement due El’attraction de la Lune et du Soleil qui varie dans le temps en fonction des paramètres orbitaux de ces astres. Les variations de pression atmosphérique sont une deuxième source de perturbation du champ de pesanteur. Dans le cadre de la connaissance de la Terre profonde, je me suis intéressée aux perturbations de la gravitEavec des amplitudes 100 fois plus faibles que celles induites par les marées et qui sont liées Ela dynamique et Ela structure internes de la Terre. En particulier l’étude des perturbations de la gravitEaprès des tremblements de terre est complémentaire des études sismologiques. Après un gros séisme, la Terre entre en résonance comme une cloche et vibre Edifférentes fréquences. On appelle ces vibrations et leurs harmoniques des modes propres ou modes d’oscillation libre de la Terre. L’étude des fréquences de ces modes et de leur atténuation permet d’améliorer notre connaissance de la structure interne de la Terre. Plus un mode a une fréquence grave, plus la vibration pénètre en profondeur et échantillonne l’intérieur de la Terre. Le séisme du Pérou survenu le 23 juin 2001 avec une magnitude 8.4 a orientEma thèse vers l’étude des modes propres sismiques les plus graves.

Enfin, la recherche de la signature directe en gravitEde la translation de la graine (partie solide dans le noyau terrestre liquide), mode qui n’a jamais étEclairement observEet qui permettrait de contraindre le saut de densitEet la viscositEEla frontière graine- noyau liquide, a fait l’objet de nombreuses études sans aboutir. L’effet en gravitEde ce mouvement de quelques centimètres atteint Ela surface terrestre, oEl’on mesure, une amplitude au maximum Ela limite de détection des instruments utilisés, qui sont pourtant les mieux adaptés Ecette recherche aujourd’hui. La source d’excitation de ce mouvement de la graine solide dans le noyau liquide est encore mal connue. Un très gros séisme et avec un mécanisme particulier peut être El’origine de ce mouvement de la graine. Une autre possibilitEest une excitation due aux mouvements turbulents des fluides dans le noyau. Les effets atmosphériques et océaniques peuvent également avoir un impact sur le mouvement de la graine.

Des méthodes de traitement et d’analyse du signal, de sommation des signaux et de détections systématiques ont donc étEdéveloppées durant mes trois années de thèse en utilisant un réseau mondial de gravimètres supraconducteurs, instruments très stables qui mesurent les variations temporelles de la gravitEavec une précision exceptionnelle.

  

Déroulement du projet de thèse

 

 Pourquoi ce projet ?

  

            Au cours de mes deux années de classes préparatoires aux grandes écoles, j’ai appris l’existence d’une école de géophysique EStrasbourg ; étant intéressée depuis longtemps par les sciences de la Terre et tous les phénomènes naturels, je l’ai intégrée. En dernière année d’école, j’ai suivi, en parallèle du diplôme d’ingénieur, le DEA de physique et chimie de la Terre, en me concentrant en particulier sur la dynamique globale de la Terre. Ma volontEde continuer par une thèse dans ce domaine s’est concrétisée au sein de l’équipe de géodynamique de Strasbourg qui proposait justement un projet adaptEEmon souhait. J’avais également la possibilitEde choisir deux autres sujets de thèse dans des domaines un peu plus éloignés de la recherche fondamentale, en géodynamique appliquée. Mon intérêt pour l’étude profonde de la Terre a prédominE De plus, je connaissais déjEla plupart des chercheurs de l’équipe et je savais que je pourrai m’entendre avec eux et que je serai bien encadrée. Mon choix s’est donc fait sans grande hésitation. De plus, l’équipe de dynamique globale de Strasbourg a une très bonne réputation auprès des géophysiciens du monde entier.

 

 

Déroulement du projet

 

             Mon projet de thèse est contenu dans un projet mondial plus vaste intitulEle Global Geodynamics Project (Projet de Géodynamique Globale, GGP) qui coordonne les données d’une vingtaine de gravimètres supraconducteurs répartis dans le monde. Ce groupe se réunit une fois par an et va durer au moins jusqu’en 2007.

            Mon directeur de thèse m’a aidée dans la phase d’initialisation du projet en me donnant les références bibliographiques nécessaires. Puis il m’a guidée dans l’élaboration d’un plan de travail. Après chaque étape de mon projet, nous avons discutEsur la démarche Esuivre pour persévérer au vu des résultats obtenus. J’ai présentE mon travail et ses aboutissements lors des réunions de travail GGP ainsi que dans des congrès internationaux, ce qui a contribuEEmettre en valeur l’intérêt du projet GGP vis-Evis d’autres projets mondiaux et d’autres disciplines. J’ai également publiEmes résultats dans des revues scientifiques EcomitEde sélection. Ces articles contribuent Ela notoriétEdu laboratoire et renforcent la position de notre équipe en tant que spécialiste de la dynamique de la Terre.

            La première étape de mon travail de thèse a étEla familiarisation avec la base de données du projet GGP et avec les données elles mêmes. Une collaboration a donc étEétablie dès le début de ma thèse avec les acteurs de ce projet de géodynamique global. J’ai également dEacquérir certaines compétences informatiques et surtout de traitement du signal. Cela s’est effectuEEl’aide d’une formation proposée aux doctorants et chercheurs.

            La survenue du séisme du Pérou du 23 juin 2001 a orientEcomplètement mon travail vers l’étude sismologique des vibrations de la Terre. J’ai ainsi mis en évidence des résultats pertinents qui mettent en valeur notre groupe de travail. Ces résultats ont déclenchEun intérêt de la part des sismologues d’autres laboratoires qui vont ainsi prendre le relais pour des études plus poussées.

J’ai également eu l’occasion de travailler sur des sujets annexes en collaboration avec d’autres chercheurs du même laboratoire ou de l’extérieur. Cela m’a aidée Eélargir mon champ de vision et Eacquérir d’autres compétences scientifiques.

   

Financement du projet

  

L’estimation du coût total consolidEdu projet de thèse sur 3 ans est présentée dans le tableau ci-dessous :

  

Ressources humaines

Encadrants

20 000 €

Bourse et salaire chargés

64 000 €

Permanents du laboratoire

4 000 €

Personnel technique

1 000 €

Administration

500 €

Ecole doctorale, universitEo:p>

64 000 €

Sous -total

154 000 €

Matériel

Consommable

3 000 €

 

Informatique

8 000 €

 

Véhicule

500 €

Infrastructures

Loyer, fluides et énergie

1 500 €

Documentation

 

500 €

Congrès

 

28 000 €

Déplacements (autres que congrès et formations)

 

1 500 €

Formations

 

3 000 €

 

Sous -total

46 000 €

COUT TOTAL CONSOLIDE

 

200 000 €

  

Le coût total consolidEpour mes trois de thèse est donc estimEE200 000 €, en tenant compte, dans le coût total pour l’universitEet école doctorale, des coûts des services centraux, des frais de personnel, frais de l’administration générale et du conseil scientifique.

   

Les compétences

  

Organisation

 

Le plus dur a étEde ne pas me laisser déborder par la quantitEde choses Efaire et de définir mes priorités, dans le cadre même de ma thèse ou lors de projets en collaboration avec d’autres chercheurs de l’équipe ou d’autres instituts.

Mener plusieurs projets de front et les finaliser est une capacitEque j’ai dE acquérir. Pour cela, j’ai mis en œuvre des outils de gestion du temps, de gestion des priorités et de planification, le tout dans une grande rigueur.

   

Prise de responsabilitEo:p>

 

            Au début de ma thèse, l’ingénieur de l’équipe ainsi que mon directeur de thèse m’ont initiée Ela surveillance de l’observatoire gravimétrique de Strasbourg. Il s’agit de surveiller régulièrement que les appareils fonctionnent correctement, relancer les acquisitions en cas de panne, récupérer les données et les analyser pour découvrir d’éventuels problèmes techniques. Ils m’ont confiEcette tâche sans hésitation, en particulier lors de leurs absences assez nombreuses. Leur marque de confiance m’a ainsi appris Ene pas avoir peur de prendre des responsabilités.

  

Délégation

 

En plus de mon projet de thèse, j’ai participEEla vie du laboratoire en encadrant et en contrôlant le travail d’étudiants développant des petits projets de recherche pour le laboratoire. Superviser et apporter la touche finale Eces projets réalisés par les étudiants, nécessite un certain recul.

  

PluridisciplinaritE et adaptabilitEo:p>

 

En tant que gravimétricienne, j’ai eu le plaisir de travailler avec des sismologues, du même institut mais également d’Allemagne, ce qui m’a appris Eexplorer d’autres domaines et Etrouver des interactions possibles entre des spécialités a priori différentes. J’ai dEacquérir des compétences dans les deux domaines, ce qui crée une pluridisciplinaritEintéressante. De plus, mes connaissances informatiques m’ont permis de développer, de mettre en œuvre et d’encadrer des activités informatiques auprès des étudiants.

  

Communication

 

J’ai pu bénéficier d’un poste d’attachEtemporaire E l’enseignement et Ela recherche Ela fin de ma thèse. Ce demi poste consiste en 96 h de travaux dirigés qui m’ont permis d’être confrontEaux difficultés de tout enseignant- chercheur qui consistent essentiellement Eun problème de mise Eniveau de ses connaissances avec celles des étudiants. Cet enseignement m’a également poussEEremettre en cause mes connaissances parfois confuses ou désorganisées.

Le contact avec les étudiants est différent de celui que l’on a lors de congrès avec des chercheurs plus ou moins spécialisés dans le sujet.

Durant les trois années de ma thèse, j’ai présentEmes résultats sous forme de présentations orales ou de posters, en anglais, dans plusieurs congrès internationaux ou lors de discussions du groupe de travail auquel j’appartiens. J’ai donc eu l’occasion de communiquer dans différentes langues, en particulier en anglais et en allemand. J’ai pu ainsi améliorer ma compréhension de l’anglais et surtout de l’anglo-américain.

Enfin, El’occasion de la journée des doctorants organisée par l’universitE j’ai présentEmon travail de thèse de façon plus compréhensible pour les non initiés.

Bref, la principale compétence acquise a étEla mise en valeur et la communication d’un travail scientifique Edifférents niveaux de difficultés.

 

Résultats, impact de la thèse

  

 Pour le projet GGP (projet de géodynamique globale) et le laboratoire :

  

Les résultats que j’ai obtenus ont contribuEEvaloriser le projet GGP auprès des sismologues, ainsi une thèse a débutEen co-direction avec un sismologue de mon institut et mon directeur de thèse. En outre, des sismologues d’autres instituts sont désormais intéressés par nos données de gravimètres supraconducteurs du projet GGP afin de faire des études plus systématiques des vibrations de la Terre après de gros séismes.

            Le but premier du projet GGP est d’utiliser l’ensemble des données réparties dans le monde afin de les combiner dans la recherche de signaux globaux. C’est ce que j’ai réalisEdurant mon travail de thèse. Cependant l’observation de la translation de la graine n’a malheureusement pas encore abouti. D’autres recherches sur ce thème sont en cours. J’ai d’ailleurs l’intention de continuer sur ce sujet lors du projet post-doctoral que j’ai montEet proposEEune équipe japonaise avec laquelle je vais passer au moins un an.

   

Pour mon expérience professionnelle :

  

            La thèse est un enrichissement personnel très fort. Elle m’a aidée Eprendre confiance en moi en particulier lors de présentations orales devant un public de scientifiques plus expérimentés. Elle m’a appris, surtout en fin de thèse, Eréaliser un projet et Een envisager les impacts possibles pour la communautEscientifique.

            Cette expérience a également contribuEEdévelopper des compétences en matière d’encadrement, mais aussi en matière de vulgarisation des résultats auprès d’un public non spécialiste.

            En outre, cette expérience professionnelle m’a donnEgoût au travail d’équipe et l’envie d’être intégrée plus tard dans d’autres projets.

  

            Dans un premier temps, je vais me perfectionner dans le domaine scientifique lors d’un séjour post-doctoral d’un an ou deux dans une équipe japonaise. Ensuite, je souhaite passer les concours du CNRS afin d’orienter ma carrière dans la recherche, par la création et l’encadrement de projets scientifiques. Si des postes d’enseignement - chercheur seront ouverts aux concours, je me présenterai également afin de concilier mon désir d’effectuer des projets de recherche avec celui d’enseigner.

    

Conclusion

   

            Cet exercice de valorisation des compétences a étEbénéfique dans ma prise de conscience de compétences, autre que scientifiques, que j’ai pu acquérir durant mes trois années de projet de thèse. Bien que le sujet de ma thèse soit fondamental et sans collaboration avec les collectivités ou les industries, j’ai pu acquérir des compétences, telles que l’élaboration de projet et l’informatique, qui peuvent intéresser les industriels. Cet exercice de mise en valeur des compétences personnelles acquises, permet d’avoir en main des atouts Eprésenter lors de tout entretien d’embauche ou lors de concours.

 

Table des matières                        Références