CHAPITRE II
La difficultEmajeure de la recherche d’un signal de faible amplitude, dans une analyse spectrale de Fourier, est de détecter sa résonance par rapport au niveau de bruit. Pour cela, nous avons repris l’idée de Smylie et al. (1999) qui consiste Escanner l’ensemble du spectre Ela recherche des meilleurs candidats pour un triplet qui obéit Eune loi d’éclatement des modes (ce concept d’éclatement des modes ou splitting a étEexplicitEau Chapitre I de la première partie). Dans un premier temps nous menons ce scan des fréquences El’aide d’une loi classique de splitting utilisée en sismologie, puis dans un second temps, nous utiliserons une loi d’éclatement des modes plus générale pour les modes de Slichter de degrEun.
Lorsqu’on considère une Terre sphérique non rotative, pour chaque mode de degrEl, les 2l+1 fréquences pour chaque ordre m sont identiques. Les modes sont dits dégénérés. Lorsqu’on introduit la rotation et l’ellipticitE il y a éclatement des modes en 2l+1 fréquences distinctes. Dahlen (1968) a montrEque ces fréquences splittées obéissent Eune loi de la forme :
,
avec ωm la fréquence angulaire du mode d’ordre m et ωd la fréquence dégénérée du mode de degrEl. a, b et c sont les paramètres du splitting dépendant du modèle de Terre utilisE Ils se calculent El’aide des paramètres du modèle de Terre par les relations définies dans Dahlen et Tromp (1998) et Dahlen et Sailor (1979). Dans cette formulation, le splitting dEaux hétérogénéités latérales n’est pas pris en compte.
La méthode consiste Ebalayer le spectre sur la bande des fréquences qui nous intéresse El’aide d’un multiplet d’écartement fixEau départ par des valeurs théoriques et Edétecter les meilleurs candidats, c'est Edire les fréquences qui respectent l’écartement prédit par la loi de splitting et qui ont le plus grand produit spectral normalisE c’est-Edire la plus grande corrélation dans le temps.
Nous avons appliquEcette méthode sur le spectre de Fourier de Strasbourg après le séisme du Pérou du 23 juin 2001 de magnitude 8.4. L’enregistrement considérEcommence 7 h après l’occurrence du séisme et dure 274 h. Le multiplet 0S2 de fréquence centrale proche de 0.3 mHz se distingue nettement sur le spectre d’amplitude de la figure (II. 1).
Les paramètres du splitting dEEla rotation et El’ellipticitEsont ceux calculés par Dahlen et Sailor (1979) pour le modèle de Terre 1066A (Gilbert et Dziewonski, 1975) : a = 0.376 10-3, b = 14.905 10-3 et c = -0.267 10-3. La fréquence dégénérée, en l’absence de rotation et d’ellipticitEde la figure, pour ce modèle est ωd = 0.309371 mHz.
Le balayage du spectre entre les fréquences 0.2 et 0.4 mHz permet de détecter des fréquences obéissant Ela loi de splitting proposée et le spectre produit normalisEest calculEpar la racine cinquième du produit des amplitudes des cinq pics. Le spectre produit normalisE correspondant aux différents candidats, est représentEsur la figure (II. 2) en fonction de la fréquence centrale du multiplet. A partir de la fréquence centrale du multiplet détectE qui possède le plus grand produit spectral normalisE on en déduit les cinq fréquences optimales respectivement pour m = -2, m = -1, m = 0, m = 1 et m = 2 : 0.2997, 0.3048, 0.3095, 0.3140 et 0.3183 mHz. Les valeurs que nous avons calculées (voir le chapitre I de la quatrième partie) pour le modèle 1066A en utilisant une méthode de perturbation (Dahlen et Sailor, 1979) et les fonctions propres obtenues avec le logiciel MINOS (Woodhouse, 1988) sont respectivement : 0.29993, 0.30479, 0.30949, 0.31402 et 0.31838 mHz. Ce qui donne des écarts relatifs par rapport aux prédictions de 0.08%, 0.0033%, 0.0032%, 0.0064% et 0.025%. Le multiplet ainsi détectEcorrespond aux fréquences de 0S2 avec un écart inférieur E0.1%.
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Fig.
II. 1 Spectre
d’amplitude en nm/s² de l’enregistrement du gravimètre cryogénique de
Strasbourg environ 7 h après le séisme du Pérou. La longueur d’enregistrement
considérée est de 274 h. Une marée synthétique locale a étEôtée, ainsi que
l’effet de la pression atmosphérique locale via une admittance barométrique de
-3 nm/s²/hPa.
Les valeurs observées par ajustement d’une résonance (cela sera développEplus en détail dans le Chapitre I de la quatrième partie) sur les cinq pics spectraux, sont 0.29986, 0.30450, 0.30905, 0.31386 et 0.31811 mHz. Les fréquences détectées par le scan ont donc des écarts relatifs de 0.05%, 0.098%, 0.14%, 0.045% et 0.06% par rapport aux observations.
Les valeurs détectées par cette méthode de balayage des fréquences sont donc en parfait accord avec la théorie et avec les observations. La méthode est donc efficace pour la détection de mode propre sismique.

Fig. II. 2 Spectre produit normalisEcalculEpour les différents quintuplés qui respectent l’éclatement prédit par Dahlen et Sailor (1979) pour le modèle de Terre 1066A en fonction de la fréquence centrale du multiplet.

Fig. II. 3 Spectre d’amplitude en nm/s² de l’enregistrement du gravimètre cryogénique de Strasbourg environ 7 h après le séisme du Pérou semblable Ela figure (II. I) avec, en traits verticaux, les fréquences détectées par le scan.
La méthode présentée dans ce paragraphe a étEdéveloppée
par Smylie et al. (1993). Ils l’ont appliquée au spectre produit de quatre
enregistrements de gravimètres supraconducteurs, ce qui a menEEun argument
supplémentaire en faveur de la détection du triplet de Slichter aux fréquences
proches de celles de Smylie (1992).
Sous des conditions très générales (Smylie et Jiang, 1993), un mode de période Tj obéit Ela formule de splitting quadratique :
oET0 correspond Ela période équivalente dans la cas d’une Terre non rotative (période dégénérée), Ts est la longueur du jour sidéral et g est un paramètre de splitting sans dimension. Un usage strict de cette relation exige que les paramètres g et T0 dépendent du mode. Néanmoins, un ajustement très correct, aux périodes centrales observées (en supposant que ces périodes sont bien celles du mode de Slichter) et aux périodes théoriques calculées sous l’approximation sub-sismique du triplet de Slichter, pour un certain nombre de modèles de Terre, a étEobtenu par Smylie et al. (1993) en traitant l’équation (II. 1) comme une relation empirique dans laquelle le paramètre g est différent pour chaque mode mais T0 est le même pour les trois oscillations. Il est donc possible de considérer T0 constant quelque soit le mode.
Lorsqu’on a identifiEles trois périodes TR (mouvement équatorial rétrograde), TC (mouvement axial) et TP (mouvement équatorial prograde), les paramètres T0, gR, gC et gP se calculent aisément par itération. En résolvant l’équation (II. 1), on obtient :
La valeur initiale de T0 est la moyenne de TR et -TP et les valeurs initiales de gR, gC et gP sont données par l’équation (II. 1). L’expression (II. 3) donne une valeur améliorée de l’écart T0-TC et par addition de la valeur donnée de TC, on obtient une nouvelle estimation de T0. Par itération, on converge rapidement vers les valeurs des paramètres T0, gR, gC et gP Epartir des valeurs de TR, TC et TP.
Inversement, Epartir des valeurs de gR, gC et gP ainsi estimées par Smylie et al. (1999), les équations (II. 2), (II. 3) et (II. 4) permettent de prédire les trois périodes de résonance pour toutes les valeurs de T0. Il est ainsi possible de chercher, parmi toutes les fréquences, des modes d’oscillation correctement splittés selon cette loi. Nous avons ainsi une méthode de recherche des triplets de résonance correctement éclatés.
Dans un premier temps, la méthode consiste Erechercher automatiquement des résonances individuelles dans un spectre. La transformée de Fourier d’un signal temporel de type sinusoEe amortie est une fonction de résonance, de facteur de qualitEQ préalablement fixEEune valeur a priori, qui s’écrit sous la forme :
normalisée de sorte que
si on ajuste cette
fonction sur nb points spectraux
centrés sur la fréquence fj. fi correspond Ela ième
fréquence des 2nb+1 fréquences sur
lesquelles on ajuste la résonance. L’erreur introduite par la recherche d’une
résonance de la forme de l’équation (II. 5) est
eij = Ajrij-si
oEAj correspond El’amplitude de la résonance et si E
l’estimation spectrale Ela fréquence fi. L’énergie de l’erreur est :
.
En minimisant cette énergie de l’erreur d’ajustement, on peut déterminer l’amplitude :
et
.
On quantifie ensuite la résonance détectée Ela fréquence fj par le paramètre Sj² = Aj²/Imin. Lorsqu’une résonance est bien ajustée par une résonance du type de l’équation (II. 5), Sj² est élevE et quand l’ajustement est mauvais, on s’attend Ece que Sj² soit petit.
Parmi ces résonances détectées, on cherche alors celles dont les fréquences obéissent aux équations (II. 2), (II. 3) et (II. 4). Le meilleur candidat correspond au maximum du produit P des paramètres Sj² de chacun des triplets détectés.
Le signal synthétique utilisEest analogue aux triplets synthétiques du chapitre I de cette partie. Nous considérons un triplet de fréquences 6.9186 10-5, 7.3767 10-5 et 7.7544 10-5 Hz Ela station Cantley sur 200000 points échantillonnés Eune minute, d’amplitude 0.01 nm/s² pour les trois sinusoEes. Cette somme de trois sinusoEes est injectée dans un bruit blanc d’écart type σ = 0.5 nm/s². Le spectre correspondant fait ressortir le triplet (Fig. II. 4). La recherche des résonances présentes dans ce spectre permet de calculer les paramètres Sj², puis le produit des trois Sj² pour chaque résonance de fréquence obéissant Ela loi de splitting quadratique (Fig. II. 5). A partir du maximum de ce produit, il est possible d’estimer les fréquences du meilleur triplet détectE
Les fréquences détectées sont estimées E0.06921, 0.07376 et 0.07761 mHz, correspondant Edes écarts relatifs respectifs de 0.035%, 0.009% et 0.085% par rapport aux valeurs de fréquences des sinusoEes injectées.
Si l’on augmente le niveau de bruit E1 nm/s², le scan propose différents triplets dont celui injectEmais pas pour le maximum du produit des paramètres Sj². Il ne permet donc pas la détection d’un unique triplet, Emoins de centrer le balayage vraiment sur la bande de fréquences entre 6.5 10-5 et 9 10-5 Hz, oEle triplet détectEest 6.911 10-5, 7.366 10-5 et 7.52 10-5 Hz, correspondant Edes erreurs relatives de 0.11%, 0.14% et 3%. Cette détection est entachée de plus grandes erreurs. En outre, réduire l’intervalle de balayage des fréquences suppose qu’on connaisse déjEl’ordre de grandeur de la période du signal cherchE ce qui n’est bien sûr pas le cas du triplet de Slichter.

Fig. II. 4 Spectre d’amplitude du signal synthétique ECantley constituEde la somme de trois sinusoEes d’amplitudes 10-2 nm/s² et de fréquences 6.9186 10-5, 7.3767 10-5, 7.7544 10-5 Hz injectées dans du bruit blanc d’écart type 0.5 nm/s².

Fréquences (Hz)
Fig. II. 5 Produit P des résonances correctement splittées en fonction des fréquences. P = Sp² Sa² Sr² oESp², Sa² et Sr² correspondent respectivement aux valeurs de Sj² pour des fréquences correctement écartées selon la loi de splitting imposée.

Fig. II. 6 (Haut) Spectre d’amplitude du signal synthétique ECantley. Les traits verticaux indiquent le meilleur candidat détectEpar la méthode de scanning. (Bas) Paramètre Sj² des résonances détectées en fonction des fréquences.
Nous avons démontrEl’efficacitEdes méthodes de détection de multiplet proposées et testées sur un vrai signal sismique et sur des triplets synthétiques. Ces méthodes sont basées sur l’analyse spectrale classique de Fourier, mais elles peuvent être adaptées aux densités spectrales de puissance.
La non stationnaritEd’un signal rend l’analyse spectrale insuffisante, or dans la recherche du mode de translation de la graine, il est indispensable de considérer le cas de signaux non stationnaires. Si l’on introduit un amortissement de temps caractéristique six jours, correspondant E un facteur de qualitEde l’ordre de 120, qui est la valeur estimée par Smylie (1992) Epartir de ses observations, suivant la régularitEde l’excitation du mouvement de translation la graine, ces méthodes de sommation et de détection seront efficaces ou non. Si le mouvement est excitErégulièrement, l’analyse spectrale du résultat des méthodes de sommation permettra de mettre en évidence le triplet de Slichter. Par contre, si l’on considère un cas extrême d’excitation unique Eun instant donnE puis l’oscillation libre s’amortit de sorte Ediminuer de 1/e au bout de 6 jours, alors les analyses spectrales sur le résultat des méthodes de sommation proposées seront inefficace car inadaptées. Nous verrons alors au chapitre III, qu’il est important d’utiliser d’autres types d’analyses plus appropriées aux signaux transitoires, telles que les analyses en ondelettes.