Dans la brise
qui passe, écoute un doux murmure
C'est la voix
de la Terre, aussi tendre, aussi pure
CHAPITRE II.
La Terre est en activitEpermanente,
générant un bruit de fond sismique dont l’origine est variée. Ce bruit
permanent limite notre capacitEEdétecter les signaux de faibles amplitudes
auxquels nous nous intéressons (ceux qui apportent de l’information sur la
structure de la Terre profonde). Des études complètes de niveaux de bruit caractéristiques
ont étEmenées par différents auteurs (e.g. Agnew et Berger, 1978 ;
Peterson, 1993 ; Astiz et Creager, 1995) afin d’évaluer entre autre la
performance d’une station et d’aider Ela sélection de site. La figure (II. 1) illustre
le nouveau modèle de bruit bas (NLNM) de Peterson (1993), que nous avons déjE
présentEau chapitre précédent, avec les sources dominantes de bruit de fond
sismique sur les capteurs Ecomposante verticale (i.e. les sismomètres
verticaux et les gravimètres) en fonction de la fréquence :
·
Aux fréquences inférieures E2 mHz, la principale source de bruit est due E
l’attraction newtonienne des masses d’air mobiles dans l’atmosphère locale
au-dessus du capteur (e.g. Warburton et Goodkind, 1977 ; ZEn et Widmer,
1995) ;
·
Dans la bande 2 - 7 mHz, le NLNM est relativement plat. Dans cette bande,
une cinquantaine de pics, dont les fréquences coEcident avec les modes
sphéroEaux fondamentaux de 0S12 E0S65,
a étEmise en évidence pour la première fois par Nawa et al. (1998) El’aide
des enregistrements du gravimètre supraconducteur (SG) de la station
Syowa, Antarctique. Cette excitation
incessante des modes sphéroEaux fondamentaux est appelée « oscillations
libres incessantes » ou « hum » (bourdonnement). Puisque ces
oscillations libres permanentes sont un phénomène global, le « hum »
constitue une limite inférieure de détection des signaux En’importe quel site
de la surface terrestre (Widmer-Schnidrig, 2003). Ce phénomène du « hum
» a étEconfirmEpar les analyses des données des réseaux sismologiques IDA,
GEOSCOPE et IRIS. Les résultats de ces études montrent que la Terre oscille
librement sans avoir étEexcitée par de forts séismes. Le procédEphysique
impliquEdans l’excitation du hum est communément attribuEEla force exercée
sur la surface terrestre par les perturbations aléatoires de l’atmosphère (e.g.
Kobayashi et Nishida, 1998 ; Nishida et Kobayashi, 1999 ; Nishida et al. 2000 ;
Tanimoto et Um, 1999) et/ou hydrosphère. Mais des sources internes (par exemple
une activitEtectonique ou un grand nombre de petits séismes) pourraient
également expliquer cette excitation permanente des modes propres. Roult et
Crawford (2000) ont également étudiEun ensemble de causes possibles du hum. Récemment,
Tanimoto (2003) a montrEque les effets océaniques sont la source d’excitation
principale de ces oscillations libres permanentes. Il explique également la
présence du pic de bruit autour de 8-9 mHz, présent dans le NLNM, par un modèle
océanique.
·
Dans la bande 7 - 30 mHz, adjacente au hum, Nishida et al. (2002) ont
démontrEque le bruit de fond consiste en des ondes de Rayleigh circulant
autour du globe tout comme le hum (Ekström, 2001).

Fig.
II. 1 Sources dominantes du
bruit sismique et modèle de bruit bas (NLNM) de Peterson (1993). Le NLNM est représentE
en décibels par rapport E1 (m/s²)²/Hz. La bande des modes propres, les bandes
des marées principales, le mouvement libre quasi-diurne de Chandler (Nearly
Diurnal Free Wobble, NDFW), et la location suspectée par Smylie (1992) du mode
de Slichter (1961), 1S1, sont également indiquées. Dessin
extrait de Widmer-Schnidrig (2003).
· Enfin, dans la bande 30 mHz - 1 Hz, les niveaux de bruit sont dominés par les microséismes marins. Ces microséismes sont produits par les fluctuations de pression induites par la houle sur le fond marin, qui excitent les ondes sismiques dans la Terre solide. Il est heureux, pour l’étude des modes propres, que la bande des modes propres (0.3 - 20 mHz) et la bande des microséismes (30 mHz - 1 Hz) ne se superposent pas, sachant que les niveaux de bruit dans la bande micro - sismique sont souvent 60 dB au-dessus des niveaux dans la bande du hum (Widmer-Schnidrig, 2003).
Les données de quatre stations GGP ont étEutilisées par Nawa et al. (2000) afin d’étudier les oscillations libres incessantes : Canberra (Australie), Esashi (Japon), Metsähovi (Finlande) et Syowa (Antarctique). Le hum a étEdétectEdistinctement ECanberra dont le niveau de bruit est le plus faible parmi les quatre stations (cf. Chapitre I de cette partie) ainsi qu’à Metsähovi, en plus de Syowa. A Esashi, le niveau de bruit est trop élevEpour permettre l’observation des oscillations permanentes. Il s’avère donc que le hum constitue une référence correcte pour l’évaluation du niveau de bruit dans la bande du mHz.
Nous avons
effectuEune étude statistique sur les PSD journalières Edifférentes stations
gravimétriques du réseau GGP : Cantley, sur l’année 1998 (Canada), Esashi,
1998 (Japon), Membach, 1998 (Belgique), Moxa, 2000 (Allemagne), Strasbourg,
2001 (France), Vienne, 1998 (Autriche), Wettzell, 2000 (Allemagne) et Wuhan,
1998 (Chine). Les niveaux E5%, au premier quart (25%), Ela médiane (50%) et
aux trois quarts (75%) sont représentés sur la figure (II. 2) par rapport au
modèle de bruit bas de Peterson (NLNM). Le niveau E5% (resp. 25%, 50% 75%)
correspond au niveau de PSD et donc de bruit en Edessous duquel 5% (25%, 50%,
75%) des PSD se situent. Le niveau E5% devrait correspondre au niveau de bruit
basEsur les cinq jours les plus calmes selon la méthode proposée par Banka et
Crossley (1999) et utilisée au chapitre précédent, section (I. 4). Cependant,
si l’on considère la figure (8 (b)) du papier BIM, les 5 jours les plus
calmes ont un niveau de PSD moyenne qui atteint au minimum le niveau E25%.
A Moxa, Strasbourg, Vienne et Membach les modes propres fondamentaux sont visibles. Par contre, EEsashi, Wettzell, Wuhan et Cantley, l’étude statistique sur un an ne permet pas de visualiser les oscillations incessantes Ecause du niveau de bruit trop élevEde ces stations (cf. Chapitre I).
A Wuhan le mode de résonance de la sphère du SG TT70 T004 est nettement visible sur les différents niveaux de PSD (cf. Fig. II. 2) entre 3.5 mHz et 4 mHz. La décroissance des niveaux de PSD vers les hautes fréquences, observable EMoxa, Strasbourg et Vienne, est due au filtre passe-bas appliquEsur les données brutes pour décimer Eune minute.









Fig.
II. 2 Statistiques sur les PSD journalières calculées
Edifférentes stations gravimétriques du réseau GGP. De bas en haut, les
niveaux E5%, au premier quart, Ela médiane et aux trois quarts sont
représentés. Le modèle de bruit bas de Peterson (NLNM ; en trait épais
noir) est pris comme niveau de référence. Les PSD sont exprimées en décibels
par rapport E1 (m/s²)²/Hz. Les stations analysées sont de haut en bas et de
gauche Edroite : Cantley, 1998 (Canada), Esashi, 1998 (Japon), Membach, 1998
(Belgique), Moxa, sur l’année 2000 (Allemagne), Strasbourg, 2001 (France), Vienne,
1998 (Autriche), Wettzell, 2000 (Allemagne) et Wuhan, 1998 (Chine).
Le hum est nettement plus visible E Strasbourg sur l’analyse de quatre ans (1997 E2001) de données (cf. Fig. II. 3) par rapport El’étude statistique sur un an.
Remarque : La détection du hum repose sur l’étude statistique de la médiane qui représente l’excitation permanente. La médiane présente l’avantage de ne pas être influencée par les valeurs extrêmes. La moyenne ne doit en aucun cas être considérée comme étant représentative du hum puisqu’elle contient les séismes.

Fig.
II. 3 Statistiques
sur les densités spectrales de puissance journalières EStrasbourg sur quatre
ans. De bas en haut, les niveaux E5%, au premier quart, Ela médiane et aux trois
quarts sont représentés. Le modèle de bruit bas de Peterson (NLNM) est pris
comme niveau de référence. Les PSD sont exprimées en décibels par rapport E1
(m/s²)²/Hz.
La source d’excitation permanente des modes sphéroEaux fondamentaux en l’absence de séisme n’est pas encore clairement identifiée. Des modélisations de tous les phénomènes envisageables sont nécessaires.
Nous avons complétEl’étude du bruit aux stations du réseau GGP en densités spectrales de puissance, par une étude de bruit basée sur l’analyse statistique des jours calmes sismiquement. L’observabilitEdu hum est un critère permettant une sélection grossière des stations de meilleure qualitE
Dans la suite, le choix des stations Egravimètres cryogéniques, pour les analyses de données Ela recherche de modes propres sismiques basse fréquence et de modes sub-sismiques, sera basEsur l’étude en densités spectrales de puissance réalisée au premier chapitre.